Médecin, avocat, architecte, psychologue, infirmier — chaque profession libérale a sa propre caisse de retraite, avec ses règles, ses cotisations et ses spécificités. Comprendre son régime est la première étape pour ne pas subir sa retraite.
Le mille-feuille des caisses libérales
Contrairement aux salariés qui cotisent tous au régime général + Agirc-Arrco, les professions libérales sont dispersées entre de nombreuses caisses. La CNAVPL (Caisse Nationale d'Assurance Vieillesse des Professions Libérales) coiffe l'ensemble, mais chaque profession a sa section spécifique pour le régime complémentaire.
Les principales sections : CIPAV (architectes, ingénieurs, psychologues, experts-comptables, etc.), CARMF (médecins), CARPIMKO (paramédicaux), CARCD (chirurgiens-dentistes), CAVOM (officiers ministériels et auxiliaires de justice), CAVEC (experts-comptables) et CNBF (avocats).
Depuis la réforme de 2018, de nombreuses professions ont migré de la CIPAV vers la SSI (ex-RSI). Vérifiez votre affiliation — une erreur d'affiliation coûte cher en cotisations et en droits mal acquis.
La CIPAV : la caisse la plus large
La CIPAV concerne environ 700 000 assurés : architectes, psychologues, ingénieurs-conseils, formateurs, guides de montagne, géomètres-experts... et les auto-entrepreneurs relevant de ces professions. Elle gère le régime de base (identique à la CNAVPL) et un régime complémentaire par points.
Cotisations CIPAV 2025
- Retraite de base : 8,23% dans la limite du plafond SS + 1,87% sur la totalité
- Retraite complémentaire : cotisation fixe par classe de revenus (de 1 527 € à 19 481 € selon vos revenus)
- Invalidité-décès : cotisation forfaitaire (~76 €/an en classe A)
La CIPAV a longtemps eu mauvaise réputation pour sa gestion désastreuse des droits. Une réforme profonde a été menée depuis 2018. Si vous avez cotisé avant, vérifiez impérativement vos relevés de carrière.
La CARMF : les médecins
La CARMF gère la retraite des médecins libéraux. Elle comprend 3 régimes cumulatifs : le régime de base CNAVPL, le régime complémentaire ASV (Allocation Supplémentaire de Vieillesse) — en partie financé par l'Assurance Maladie — et le régime de Prestation Complémentaire de Vieillesse (PCV).
L'ASV : un avantage unique
L'ASV est partiellement financé par la CPAM (conventionnement secteur 1). Un médecin de secteur 1 qui cotise voit l'Assurance Maladie payer une partie de ses cotisations. C'est une particularité importante : un médecin de secteur 1 accumule davantage de droits pour un coût personnel inférieur à ses confrères de secteur 2.
La CARPIMKO : paramédicaux
Infirmiers, masseurs-kinésithérapeutes, orthophonistes, orthoptistes, pédicures-podologues : c'est la CARPIMKO. Régime de base CNAVPL + régime complémentaire par points + régime invalidité-décès. La particularité : les cotisations sont calculées sur les revenus nets (après déduction des charges), ce qui peut être optimisé via le choix du régime fiscal.
Comment optimiser ses droits retraite en tant que libéral
1. Vérifier régulièrement son relevé de carrière
Chaque année, connectez-vous à votre espace sur le site de votre caisse et sur info-retraite.fr. Les erreurs d'affectation de cotisations sont fréquentes. Une correction tardive est possible mais complexe.
2. Le rachat de trimestres
Si vous avez des trimestres manquants (études, début de carrière, années blanches), vous pouvez les racheter. Le coût varie selon votre âge et vos revenus : plus vous rachetez tôt, moins c'est cher. Un rachat de trimestre permet d'avancer le départ à la retraite ou d'améliorer le taux de liquidation.
Un libéral de 45 ans, TMI 30%, peut racheter un trimestre pour environ 3 500 €. L'avantage fiscal (déductibilité du revenu professionnel) réduit le coût réel à ~2 450 €. Si ce trimestre lui permet de partir 3 mois plus tôt et d'encaisser 3 mois de pension supplémentaires, la rentabilité est atteinte en 1-2 ans de retraite. En général, le rachat est rentable s'il est fait avant 50 ans.
3. Le PER comme complément indispensable
Les régimes libéraux offrent généralement 30 à 50% des revenus d'activité à la retraite. Si vous gagnez 120 000 € par an, votre retraite "de base" sera peut-être 40 000-60 000 €. Pour maintenir votre niveau de vie, un complément via PER est quasi-obligatoire.
Les plafonds de déduction PER pour les libéraux sont calculés sur leur revenu BNC : jusqu'à 10% des bénéfices professionnels + cotisations obligatoires de prévoyance dépassant un certain seuil. En pratique, les plafonds sont généralement plus élevés que pour les salariés.
4. La prévoyance : souvent sous-estimée
Les caisses libérales prévoient des indemnités en cas d'invalidité ou de décès — mais les montants sont souvent insuffisants pour maintenir votre niveau de vie. Souscrire un contrat de prévoyance Madelin (ou PER) complémentaire est fortement recommandé, avec les cotisations déductibles du résultat BNC.
Audit de votre retraite libérale
On analyse vos droits acquis, vos cotisations, et on construit avec vous le plan d'action pour maintenir votre niveau de vie à la retraite.
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